Intérêts-Le père goriot

Intérêts-Le père goriot :

Intérêts - le père goriot

 

Intérêt de l’action

C’est à la fois un roman social, un roman psychologique, un roman policier. L’intrigue est   complexe : après la longue mise en train (qui occupe le tiers de l’ensemble), la crise est rapide, se déroulant à travers une série de dialogues et de scènes puissantes. Elle suit trois pistes différentes :

– l’éducation de Rastignac qui reçoit trois leçons (celle de Mme de Beauséant, celle de Goriot, celle de Vautrin) ;

– le drame du père Goriot (qui, comme l’a signalé Stefan Zweig, est fait sur le modèle de celui du roi Lear de Shakespeare : «la tragédie du père Goriot, ce roi Lear inconnu) ;

– le roman policier de Vautrin, le forçat évadé qui est opposé à la société (sur le modèle de Vidocq).

Deux mouvements s’opposent : tandis que Rastignac connaît une ascension, le père Goriot subit une véritable déchéance.

Dans l’édition originale, le roman ne comportait pas de découpage, le texte se déroulant d’une seule coulée.

La chronologie est linéaire : l’action se déroule en moins de trois mois, mais il y a des retours en arrière, surtout au début.

Le point de vue est objectif et Balzac se voudrait neutre dans sa narration comme dans ses descriptions. Mais il laisse parler ses sentiments et intervient dans le récit, en particulier pour nous faire part du dégoût que lui inspire la montée du pouvoir de l’argent ou l’état d’esprit que cela engendre : « Qui décidera de ce qui est le plus horrible à voir, ou des cœurs desséchés, ou des crânes vides? ».

La focalisation se fait tantôt sur Rastignac, tantôt sur Goriot, tantôt sur Vautrin.

Intérêt littéraire
Balzac manifeste sa piuissance verbale, mais sans éviter des lourdeurs (en particulier dans des développements didactiques).
Il fait preuve d’une grande précision descriptive, non sans effets de style.
Les dialogues sont réalistes car Balzac avait beaucoupo de curiosité pour la langue parlée. Ainsi, il restitua l’argot des forçats ; il rendit des particularités de prononciation (l’accent allemand de Nucingen).
Ses effusions de lyrisme sont parfois un peu exagérées et même ridicules à nos yeux. Les comparaisons et les métaphores sont nombreuses, parfopis singulières.
Intérêt documentaire
Balzac, étant convaincu de l’influence du milieu sur les individus, décrit avec précision la pension Vauquer, différents quartiers de Paris.
Il présente différentes classes : le peuple, la petite bourgeoisie, l’aristocratie. Il montre l’importance de l’argent.
Il brosse un tableau politique sur lequel influe grandement le passé, la Révolution qui a permis justement à Goriot de faire sa fortune, de marier ses filles à des aristocrates qui ont maintenant repris le pouvoir et le méprisent non sans raisons.

Intérêt psychologique
Dans cette étude de caractères encadrée par une étude de moeurs, Balzac prétend s’appuyer sur des théories scientifiques pour construire ses personnages. Rastignac et Vautrin sont l’un et l’autre représentatifs de la manière d’évoluer dans le monde, lorsque les astres n’ont pas été du bon côté dès la naissance.
Vautrin, apparemment un farceur, est, en fait, un forçat évadé, un être cynique, un rebelle, qui se place délibérément en marge de la société et de ses lois pour mieux en profiter, qui ne recule devant aucun acte, pourvu qu’il se justifie vis-à-vis de lui-même, et non de la société. Philosophe à sa façon, il analyse froidement et sans faux-fuyants ce qui fait avancer les hommes : le prestige et, avant lui, l’or et les femmes. Il est le représentant de la volonté de puissance qui anime Balzac lui-même. Plus secrètement, c’est un homo***uel qui cherche à séduire, qui est prêt à se dévouer pour l’être aimé.
Rastignac, le Méridional audacieux mais prompt au découragement comme aux retours d’optimisme, conçoit d’une autre manière cette problématique du plaisir. Dans “Le père Goriot, candide à son arrivée à la pension Vauquer, il commence son éducation sentimentale en se montrant plein de scrupules, refusant l’argent de madame de Nucingen, suivant le convoi funéraire du père Goriot qui lui a donné un premier exemple, mais, corrompu par Paris, il préfère le conseil de Vautrin : «Si l’on veut arriver, il faut se servir des autres et, plus particulièrement, des femmes et de leur mari», va dîner chez sa maîtresse. Devenu un arriviste cynique, il sera aussi un des dons Juan de “La comédie humaine”, baron (dans “La maison Nucingen”), sous-secrétaire d’État, plus ou moins complice d’affaires peu morales.

Le père Goriot, quant à lui, le plébéien sans éducation, l’être d’instinct, suit le même parcours que bien des personnages de Balzac qui sont possédés par une passion qui les dévore tout entiers. Dans son amour que ce «Christ de la paternité» pousse jusqu’à l’immoralité, il est implacablement conduit vers un sacrifice complet, vers une issue fatale, se détruisant pour deux filles qui n’ont pour lui que mépris. Mais sa souffrance le rend enfin clairvoyant.
Intérêt philosophique
Balzac, insistant sur l’origine, sur le physique, sur le tempérament, montre le déterminisme auquel sont soumis les êtres humains.
Écrivant à la lumière des «deux flambeaux que sont la Religion et la Monarchie», il prône une acceptation de la société, même s’il dénonce les mœurs.
De la même façon contradictoire, il enseigne la nécessité de la maîtrise des passions et fait l’éloge de la volonté de puissance, a le culte de l’énergie.
Le roman a été, en 1944, adapté au cinéma, sous le titre “Vautrin”, par Pierre Billon, avec Michel Simon et Georges Marchal.

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